
Le projet d'installation d'une serre de culture de tabac OGM nous a été présenté par la communauté de communes et les promoteurs : un labo pharmaceutique, les producteurs de tabac et un labo de recherche. Cette expérimentation a pour objet la production de protéines pharmaceutiques à partir de plants de tabac génétiquement modifiés.
La
communauté de communes n'a pas encore donné son accord
à cette implantation en raison du montage financier qui, semble
t-il, doit être revu par les candidats. La commission
européenne refuse, en effet, de donner les aides prévues
au titre de reconversion agricole.
Notre inquiétude demeure sur l'incertitude de la sécurité de ces installations qui ne seront pas isolées du sol. En cas de succès de l'expérimentation, la production à plus grande échelle dans des serres moins isolées annonce une culture très proche de celle en plein champ....
Face à la présentation unilatérale des porteurs de projets devant les élus et associations, ces dernières décidaient d'inviter un spécialiste en la matière, Christian Vélot, maître de conférence à Paris Sud , spécialiste en recherche fondamentale en microbiologie et génétique.
Conférence de Christian Velot à Figeac le 9 décembre 2006
(Compte rendu détaillé de la conférence par Marie Cayrel et Catherine Begne et Jacques Thébaud)La conférence du professeur
Christian Vélot, maître de conférence à
Paris Sud,s'est tenue samedi dernier, en présence de 250
personnes et s'est prolongé après minuit. C'est
dire l'appétit des citoyens en matière d'information
sur les O.G.M.
Bel exemple également de ce que peut être la démocratie participative.

Cette nécessaire information et ce débat, les associations locales les souhaitaient depuis longtemps, tant le déficit en la matière est criant dans ce domaine ici comme dans le pays tout entier. Il aura fallut ce projet discutable sur Quercypôle pour que le débat sur les O.G.M. se pose enfin dans le Lot.
Certes la fabrication de ces molécules à visées pharmaceutiques à partir de tabac génétiquement modifié semble, à première vue, fort louable puisque tout cela nous est présenté comme la nouvelle solution scientifique pour démocratiser les médicaments en en baissant leur coût de leur production.
Pourquoi
ne pas produire ces
protéines à partir de cellules végétales de
racine ou de feuille de tabac ?
Christian
Velot a précisé
qu'il était aussi possible de cultiver en fermenteur de
simples cellules végétales génétiquement
modifiées(racines ou feuilles)sans produire un pied
entier de
tabac G.M.
Christian Vélot, soulignait
que
la confection de protéines selon la modification de
séquences
ADN, existe depuis 1981 en laboratoire , permettant notamment la
production d'insuline pour soigner le diabète. Contestant
ainsi la méthode préconisée à
Quercypôle
ce dernier affirmait « Si c'est la plante qui est le mieux
placée, on n'est pas obligé d'avoir la plante
entière.
On récupère un bout de racine ou de feuille et l'on
peut multiplier et produire ainsi des cellule afin de
récupérer
les protéines ........mais ceci n'a jamais
été
envisagé par ces sociétés »
L'argument avancé d'une meilleur sécurité de la culture des plants en serre confinée par rapport à la production à partir de fermenteurs reste à démontrer.
Engagement d'une expertise
indépendante: on attend toujours....
Il y a quelques mois, le professeur Velot, Patrice Vidieu de la Confédération Paysanne du Lot et José Bové avaient été invités par le Président Malvy pour une présentation du projet au Conseil Régional. Ces derniers avaient souhaité que cette implantation face l'objet d'une expertise neutre par le CRII Gen (centre de recherche et d'information indépendantes sur la génétique).
La contamination ne peut
être
exclue et l'argument économique contestable.
Ne s'arrêtant pas uniquement aux arguments scientifiques, C. Vélot a aussi critiqué les raisons financières justifiant ce projet. « La culture cellulaire de plantes ne coûte rien du tout car elle se fait sur un milieu de minéraux très peu couteux ...actuellement 23 médicaments sont produits dans des fermenteurs avec des cultures de plantes. Selon le conférencier dans le cas d'une culture avec la plante entière (projet de Cambes) « il faudra broyer la plante et le coût de purification sera plus élevé ». A cela il faudra ajouter les coûts sanitaires et environnementaux, car comment imaginer des risques nuls? « la contamination existe tout autant par les produits phytosanitaires dans le médicament, car les plantes entières feront l'objet de traitement pour résister aux maladies. « même sous serre, la protéine obtenue, à partir de la modification d'ungène va passer dans le sol à travers les racines. Que va devenir la terre du sol ... Je trouve que l'on met la santé publique à la remorque des intérêts financiers..... ce n'est pas parce que la planète est déjà une vaste poubelle qu'il faut en faire une paillasse de laboratoire! »
Le blocage du financement par la commission européenne au titre des aides agricoles, démontre que ce montage se présente d'avantage comme le projet d'un laboratoire de recherche pharmaceutique et ne correspond en rien à une réelle conversion des tabaculteurs. Combien d'entre eux disposeront des moyens financiers et seront formés pour accueillir une serre de tabac génétiquement modifié sur leur exploitation ?
Ainsi ce débat, rendu indispensable, après la seule présentation des porteurs de projet devant les élus et associations locales, aura eu le mérite de poser les vraies questions sur l'intérêt discutable de cette culture, ses risques et son coût réel pour la collectivité.
Ces arguments pertinents ont conforté les organisateurs de poursuivre leur action contre ce projet, un intervenant expliquant que « dans les réunions devant les responsables, il faut qu'il y ait du monde ».La possibilité de demander à la commune de prendre un arrêté contre cette installation et d'exiger une expertise du CRII GEN.
Cette lutte contre les OGM peut s'amplifier et relayer l'action très forte engagée par les faucheurs volontaires. Ainsi des parents d'élèves peuvent demander à la cantine scolaire une nourriture garantie sans OGM. De même les consommateurs ont le pouvoir de ne pas acheter « ça marche la pression citoyenne ».
Les OGM, dans l'agro alimentaire pénètrent de plus en plus les marchés , de façon cachée, par exemple dans l'alimentation animale (soja non garanti OGM) mais aussi de façon plus visible. Actuellement au Canada, un saumon géant génétiquement modifié, pour grandir plus vite, va être mis sur les étals: un saumon avec une tête déformée et stérile. De quoi inquiéter! Tout comme peuvent faire peur les projets de porcs géants développés au Etats-unis et en Australie,. Ceux ci grandissent plus vite et mangent moins!
Ce qui permettait à Patrice Vidieu de rappeler que ce débat sur les OGM renvoie aussi à la question de savoir « quel type d'agriculture l'on défend, car avec les OGM on est loin de l'agriculture paysanne.
Invités
à cette
conférence, les élus auront brillé par leur
absence. Une posture qui pourrait se comprendre comme un mépris
si elle n'était pas seulement que l' inculture des élus
de ce département à accepter le débat
démocratique et citoyen.
Les 250 contribuables, riverains
et électeurs présents à la conférence de
C. Vélot ont promis de rester vigilants et mobilisés
sur le devenir de ce projet qui risque fort d'être le cheval de
Troie de l'introduction progressive de cultures OGM en plein champ
dans le Lot.